Ils avaient presque le même âge : Jean-Claude Legros est né en 1950, Thierry Leruth en janvier 1951.
Jean-Claude est mort le 26 mai 2026, Thierry le 3 août 2026.
Et tous deux ont été des proches de Claudio Barbier.
C’est le moment de relire l’article rédigé par Jean-Claude Legros, paru dans « Vertical » n° 28, juillet-août 1990, sous le titre « Le Barbier des Tre Cime », dont voici deux extraits :
« Personne ne saura jamais pourquoi j’avais décidé de passer seul cette nuit de Noël 1967 au petit refuge implanté au sommet des rochers de Freyr, cette désormais célèbre école d’escalade qui surplombe la Meuse, au-delà de Dinant.
Seul, ce n’était pas le cas : deux personnages se partageaient un repas simple. J’étais là, tapi… et j’écoutais leurs histoires.
Anecdotes, palabres, résumés de lecture je crois, alimentaient leur conversation. Dire comment s’enfilèrent les heures, je ne sais : Claudio Barbier parlait. Thierry Leruth lui donnait la réplique… et mes oreilles de jeune grimpeur ne cessaient de grandir ! Pensez : j’avais Barbier pour moi tout seul. Il était là, lui, celui dont le nom était dans toutes les oreilles, dont le visage était dans tous les yeux ! Nous n’étions que trois (mais Thierry, faisant partie de « sa » bande, faisait presque « corps » avec lui), et j’étais seul. Mon petit cœur d’enfant battait à casser la glace qui s’insinuait dehors. Je ne disais mot. J’engloutissais jusqu’à vomir les phrases qui se posaient sur les murs de la seule pièce.
A minuit tombé, il a dit, questionnant à peine : « On va faire le Mérinos (l’une des voies les plus faciles de Freyr), tu viens avec ? »
Pas ou peu de réponse : cinq minutes plus tard, dans la nuit plus noire qu’obscure, nous voilà sur le sentier des Pêcheurs, celui qui mène à la Meuse, celui qui mène au pied de la voie. Il fait froid. Il fait noir… et, qui plus est, je me rends compte, lorsqu’ils s’envolent dans les premiers mètres, qu’ils sont libres de corde !!!
Panique Legrosienne : jamais je n’ai grimpé dans le noir ; jamais je n’ai grimpé en solo ; jamais je n’ai grimpé en hiver, sous dix centimètres de neige… et je n’ai jamais fait cette voie.
Thierry est devant. Claudio derrière !
Au troisième arrêt, me rendant compte du frein que je leur occasionnais, je dis à Claude de passer devant. Avant le dernier ressaut, ils m’ont attendu. Il m’a dit: « Tu ferais mieux de prendre le chemin de desserte. Ici, c’est un peu plus dur ». J’ai pris le chemin. Ils m’attendaient au sommet. »
[…] « Liège. Au Forum, concert de Johnny Hallyday. Collaer, Leruth, Adelin Guyot et son frère, d’autres. Tout crie partout. La folie. Grâce à l’habileté de Jacques Collaer, nous entrons gratuitement. Dans les pissotières : « J’apprécie » dis-je ! Barbier est fou parce que, ce soir-là, Johnny n’a pas levé son poing dans un cercle de lumière rouge, comme la veille à Charleroi, quand il chantait « Le Pénitencier » ! Pendant la nuit, nous avons parlé de Johnny, des heures durant. À l’époque, je n’aimais pas. Ils m’auraient tué. Maintenant, j’aime… et il est mort. »



