- "C'est ici que nous nous séparons, Claudio", me dit le guide autrichien Sepp Kröll. Et, après un coup d'oil attentif : "La paroi est toute à toi, il n'y a personne."
Ces dernières paroles achèvent de me réveiller. Hier matin, j'étais encore dans la Brenta. La descente sous la pluie depuis le refuge des frères Detassis, la route infestée de virages, le beau temps qui revient dans l'après-midi, la montée au refuge Sass Fura avec son sentier qui semble tracé par une confrérie de pénitents, tout cela s'est succédé très vite. Puis, au petit matin, il y a la longue montée vers l'arête nord du Badile, avec un guide, sa cliente et deux Italiens. Je monte lentement. Je compte redescendre par l'arête nord, une seule corde de 45 mètres ne suffit peut-être pas pour les rappels, donc j'en prends deux...
Avec le matériel d'escalade, l'anorak, la gourde, etc., cela fait un beau sac (comme un médecin parle d'une belle plaie !)
Mais tout prend une fin. Le guide me montre la brèche par laquelle il me faut descendre. En effet, personne à voir dans la face nord-est. Je pensais y trouver au moins une cordée venue du refuge Sciora. Curieux, nous sommes le 18 août, le temps est superbe et habituellement il y a du monde dans cette face, comme dans la plupart des voies célèbres : Dru, Capucin, Cima Grande.
Tant mieux, d'ailleurs. Grimper avec une cordée derrière soi, ce n'est plus un
vrai solo. Si un passage parait scabreux, si on se |
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laisse envahir par la peur, il suffit de patienter et d'attendre la cordée. Ainsi le grimpeur du Tour de France attend le camion-balai !
Ce sont là de très beaux principes. Mais la séparation ne laisse pas d'être désagréable. Je perds la compagnie des quatre grimpeurs qui continuent à s'élever, alors qu'il me faut commencer à redescendre, et tout seul ! Descente facile d'ailleurs, mais les ennuis arrivent bientôt : la neige abondante de l'hiver s'est accumulée sur le système de vires qui conduisent vers le milieu de la face. La plus grande partie s'est effondrée, laissant une espèce de front de glacier suspendu.
J'essaye de passer sous la paroi glacière mais les vires sont très inclinées et recouvertes de verglas. Je reviens sur mes pas. Là-haut, les deux cordées s'élèvent rapidement. Avant de m'avouer battu, je vais essayer de traverser sur la bande de neige. Très étroite, elle requiert de l'équilibre. Plus loin, l'arête neigeuse se redresse et s'effile. Pas moyen de descendre dans la rimaye, il faut s'abaisser dans la pente. La neige est très dure, il faut chaque fois huit à dix coups de pied pour obtenir une marche suffisante : sans assurance, il vaut mieux ne pas lésiner !
Heureusement, j'atteins bientôt une faille qui communique avec le fond de la rimaye. De là un système de fissures me conduit au pied du premier dièdre. Repos !
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