Ses aînés avaient vite remarqué que ce garçon n'était pas du tout apte à pratiquer l'escalade, surtout si jeune, mais qu'il était doué d'une opiniâtreté tout à fait exceptionnelle : de dérapages en chutes, s'agrippant comme il pouvait, ce jeune fou répétait laborieusement les voies de plus en plus difficiles qui avaient été tracées sur les rochers de Freyr.
A 20 ans, ayant découvert l'ampleur des parois vertigineuses des Dolomites, il eut un revirement salutaire. Quoique fier d'être l'alpiniste ayant collectionné le plus de chutes au monde (au nombre de cinquante à l'époque !), il avait décidé que plus jamais il ne tomberait. Ce garçon fougueux mais chanceux avait acquis une expérience extraordinaire : ayant éprouvé à ses dépens toutes les erreurs possibles, il devint un modèle de prudence, sans pourtant désavouer l'audace qui le caractérisait.
S'entraînant à longueur d'hiver en Belgique, Claude Barbier disparaissait dès le début juin dans les Dolomites qu'il apprit à connaître comme personne. Il réalisait les ascensions de tous les grands itinéraires rocheux qui ont fait la célébrité des Alpes orientales, souvent dans des temps extraordinairement rapides. Appréciées à leur juste valeur par les grimpeurs italiens et autrichiens, ses multiples ascensions éblouissaient les spécialistes.
En effectuant de nouvelles ascensions sur les parois les plus invraisemblables, mais surtout en réalisant
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escalades de plus en plus ahurissantes tout à fait seul, sans compagnon de cordée, Claudio pénétrait de son vivant dans la légende. Méconnu en Belgique, Claudio Barbier devenait le «divino Claudio». Les plus grands connaisseurs du monde des Dolomites l'ont nommé «Il Maestro».
Un exemple parmi d'autres permet de réaliser le degré de perfection qu'avait atteint Claudio Barbier dans le domaine de l'escalade solitaire. Il y a dans les Dolomites un endroit sublime, domaine privilégié de la verticalité, nommé «Tre Cime di Lavaredo ». Trois sommets alignés projettent leurs murailles, 500 mètres
au- dessus du pierrier. Leurs faces nord sont entièrement surplombantes. Elles constituent une escalade de très grande difficulté. Une cordée très forte et très rapide peut seule espérer réaliser l'ascension d'une de ces faces sans bivouac. En 1961, alors qu'il était âgé de 23 ans, Claudio s'y attaqua. Il les gravit successivement toutes les trois et enchaîna par l'ascension des versants nord de deux autres sommets secondaires, eux aussi très difficiles. Ces cinq ascensions, il les réalisa entièrement seul, en une seule journée ! Il y avait au total plus de 2000 mètres d'escalade de difficulté extrême...
Encore actuellement aucun alpiniste ne peut imaginer que ce fût possible. Et pourtant, du refuge Locatelli situé en face de ces versants nord, le gardien et les alpinistes sidérés ont assiste de bout en bout à cet exploit. |
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