Une réflexion logique d'abord : dans de très nombreux cas (beaucoup plus nombreux qu'on ne le pense), la difficulté d'un passage n'est pas accrue si on n'utilise pas le piton qui l'agrémente, et elle peut même être diminuée, aussi curieux que cela puisse paraître. Mais alors, il n'y a évidemment aucun intérêt sportif à ne pas utiliser un tel piton, et je me demande même s'il ne faudrait pas songer à rendre obligatoire l'utilisation de certains pitons, si le passage est ainsi rendu plus difficile ? C'est un problème dialectique assez compliqué, aussi je n'insiste pas.
Quant à la sécurité, eh bien ! il est exact qu'on fatigue moins les pitons en ne s'y tirant pas. Mais si le passage est réellement très difficile sans le piton (Zig-zag, départ du Pape, Taches Rouges), il faut s'attendre à des vols répétés si beaucoup de grimpeurs le tentent ; certes, ces chutes seront de
peu d' importance, mais on sait qu'un vol très court exerce déjà une pression considérable : l'accumulation de ces chocs n'usera-t-elle pas autant, sinon plus, un piton (sans oublier, bien sûr, les mousquetons et la corde) que des tractions régulières, exercées intelligemment, bien entendu ? Ainsi, compte tenu des vols innombrables qu'ils ont déjà dû retenir, on peut se demander pendant combien de temps le premier piton de l'Asiatique, ou le gollot de l'Enfant, vont encore résister ? Il me semble que si un grimpeur prévoit une possibilité sérieuse de chute (et cette possibilité est manifestement très grande, même pour Claude, dans les cas cités plus haut), la véritable prudence consiste à se tirer au piton.
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D'autre
part, si on estime qu'il y a trop de pitons à Freyr - et je suis
d'avis que dans les grandes voies difficiles, comme le Pape, le
dièdre de la Direttissima, la longueur qui mène sur le Pilastre,
et bien d'autres, c'est encore toujours le cas - la solution consiste à modifier
le pitonnage. Il y a toujours moyen de placer les pitons d'une
manière telle qu'ils ne soient utilisables que pour l'assurance,
c'est-à-dire que le fait de s'y tirer ou d'y poser le pied ne change
rien à la difficulté du passage ; et Claude a bien prouvé ceci
par son récent repitonnage de la Sanglante, qui est un modèle du
genre (malheureusement inaccessible à l'observation directe pour
la plupart des grimpeurs).
Il faut bien comprendre qu'il existe une différence fondamentale entre partir escalader une voie difficile qui se trouve dans l'état de pitonnage minimum compatible avec la sécurité (exemples : Taches Rouges, Sanglante), et entreprendre cette même voie, surpitonnée, en ayant l'intention de ne pas utiliser les pitons en surnombre, tout en les mousquetonnant pour l'assurance : dans ce dernier cas, on pense, plus ou moins consciemment, deux choses : "si ça ne va pas, je me tire aux clous" et "de toute façon, je ne risque rien". Et ceci change tout. Réussir un passage de très grande difficulté, assuré par un piton à hauteur du nombril, peut sans doute avoir une grande valeur technique, athlétique ou gymnastique, mais, à mon avis, pas essentiellement sportive au point de vue de l'escalade, parce que je pense que le sport alpin consiste en grande partie à savoir trouver un équilibre
entre la performance |
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