Dévalorisation du VIe degré                                                                                            suite

   «Pour vivre pleinement, il faut aussi risquer!» Emilio Comici
Récemment, je rencontrai le guide Kuno Rainer, compagnon de cordée du prestigieux H. Buhl.
Nous parlâmes à bâtons rompus, suivant l'inspiration du moment. Puis vint à l'esprit de Kuno un sujet brûlant du monde alpin, et je me réjouis particulièrement d'entendre Kuno parler d'alpinisme. D'habitude, les anciens - qu'on me pardonne l'expression - ne parlent pas beaucoup, du moins ils ne parlent pas d'alpinisme - et c'est pourquoi nous ne les connaissons pas ou ne les apprécions pas suffisamment. Il en va ainsi dans notre monde: qui se met en pleine lumière resplendit, et qui reste assis dans la pénombre reste inaperçu : les lois de l'optique le veulent ainsi.

Les grandes voies de l'ancien temps, Kuno les connaît doublement : je veux dire qu'il les connaît telles qu'elles furent et telles qu'elles sont. Et qu'en dit-il ? «Toutes les voies à la mode sont surpitonnées et n'ont absolument plus rien à voir avec la cotation ancienne, c'est-à-dire la cotation originale». C'est ce que dit Kuno et je le dis également.


Aujourd'hui, il se trouve des alpinistes - il y en a même beaucoup - qui parlent avec dédain des voies anciennes ; ils se plaisent à y accoler l'adjectif «ancien». Ils plastronnent : « C'est bien un ancien six, aujourd'hui je coterais cette voie en cinq». Cela semble signifier que les anciens auraient surcoté les voies, - qu'eux, les jeunes, seraient meilleurs. Je ne suis pas d'avis que les «six» classiques ne l'étaient pas, je dis qu'ils ne le sont plus. Ils ne le sont plus, parce que...

Mais, tout d'abord, commençons par le début. Somme toute, que signifie «six» ? Autrefois, avant la Première Guerre mondiale, il n'y avait pas de sixième degré. On n'en avait pas besoin, bien que les grimpeurs de cette époque aient gravi des voies extrêmement difficiles. Pensons simplement à Piaz, Dibona, Dülfer et surtout à Preuss. Oui, ces grimpeurs d'élite poussèrent à fond leur action. Avait-on atteint la limite ? Non pas : en se basant sur l'expérience de ces «classiques», grâce à un meilleur matériel, où l'assurance sur pitons ne jouait pas le rôle le moins important, on vainquit des parois encore plus difficiles et plus importantes. Si l'on voulait laisser leur cotation aux anciennes voies, il fallait instaurer un nouveau degré: le sixième. C'est alors que Willo Welzenbach établit l'échelle qui reste en vigueur actuellement ; elle comporte les équivalences suivantes:
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