Les chutes de Messner                                                                                                     suite

   Dans les archives de Claudio se trouvaient une dizaine de lettres de Messner datées de 1967 à 1969 ; toutes disent pratiquement la même chose : " Je viens de rentrer de montagne et suis en train de partir pour la montagne..."
Ou bien il était en partance pour Padoue où il étudiait. Autres sujets : degrés de difficulté, pitons et traductions d'articles pour la revue "La Montagne". Le 17 juillet 1968, Reinhold écrivit : "J'ai travaillé comme guide. Tu dois savoir que je paie mes études, je dois donc aussi travailler l'été." Que pensait Claudio de ce gamin qui était capable de grimper, étudier, travailler, et qui plus est transformait sa passion pour la montagne en activité professionnelle rémunérée, et le tout également avec brio...?

Ils ronchonnaient aussi par voie épistolaire.

Puis éclata la polémique entre Claudio et Messner, pour de bon...

Un des motifs en fut l'histoire des "chutes". Ce fut l'exemple classique de la mentalité tatillonne de Claudio. Quelqu'un d'autre n'y aurait pas prêté attention, mais pour lui ce fut terrible !

Dans le "Bergsteiger" n° 8 de 1974, Messner déclara : "Bien que j'aie derrière moi plus de 1000 escalades dans les Alpes, et 12 expéditions, je ne suis jamais tombé." Ensuite venaient des considérations sur la sécurité, les normes UIAA, etc. Claudio bondit, exhuma revues et écrits divers de Messner, et envoya à Bergsteiger une lettre en ces termes :

-" Dans chaque numéro, trois cuillerées de salades à la Messner. Mais il faut en jouir avec prudence !" puis suivent les passages incriminés :
" Considérable ! Dans la revue anglaise "Mountain" de mai 1971, Messner admit quelques chutes : "Jamais en escalade libre, mais je suis tombé une ou deux fois dans des passages en artificiel quand le clou est sorti." On peut présumer qu'il a aussi oublié ses chutes sur l'Eperon Walker : "Une fois je dus à la fin d'une fissure réessayer six fois pour pouvoir me redresser sur la plate-forme parce que chaque fois je retombais en arrière". Et comment cela se passa-t-il avec le vol de trente mètres sur la paroi nord du Pelmo ? (Nachrichten Section Wien, avril 1968) ? Probablement Messner est-il tombé encore plus souvent. Qui découvrira le nombre exact de chutes ?"
Puis il en énumère plusieurs chronologiquement. Et termine :"1974 : je ne suis encore jamais tombé !"
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