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Quand je descendrai le long des rochers pour retourner dans le monde des autres, nous ne serons plus jamais "rien que nous deux" : lui sera parti, et moi je m'en irai de mon côté avec ma solitude, et son souvenir ne m'appartiendra plus. |
Son souvenir se diluera dans les mémoires de ceux qui l'ont connu, aimé. Son souvenir revivra au gré des noms de voies, des topos dans les guides, des articles dans les revues, mais il ne m'appartiendra plus, exclusivement, rien qu'à moi.
En cet instant si unique, si précieux, nous sommes enlacés, plus unis et plus intimes que jamais, plus intensément qu'au cours de cette année vécue ensemble. Nous allons jouir pleinement de notre dernière nuit.
Il est étendu sur le dos, sa jambe droite croisée au dessus de sa jambe gauche, ses bras tendus devant lui comme dans un mouvement d'escalade, ses mains sont déjà froides mais, sous son dos, le terreau est doux et encore tiède. Sa tête est renversée vers l'arrière comme s'il regardait quelque part là-haut, très haut et très loin. "Sempre verso l'alto". Ses yeux sont tombés
au fond de son regard. L'important c'est qu'il soit là, présent, très présent.
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Il m'attendait donc ici. Il m'appelait donc ici, et il était important que je vienne seule, protégée et soutenue par la nuit qui tisse autour de notre intimité ce rempart rassurant.
J'essaie de le prendre dans mes bras et de le coucher sur mes genoux comme d'habitude, mais il est si grand, si lourd et si raide... Alors, c'est moi qui m'appuie doucement contre lui. On est bien. C'est si bon d'encore pouvoir caresser son visage, d'encore pouvoir le sentir et le regarder. Mes mains vont imprimer dans leur mémoire la solidité de ses épaules, la finesse de ses cheveux, l'asymétrie de son sourire.
C'est donc ici et maintenant. J'ai toujours su que cela allait arriver, mais pas comme ça, pas si tôt, pas ici et surtout, pas sans moi ! J'ai toujours su et voilà l'évidence, tellement à l'improviste, comme un coup de poing dans l'estomac qui me coupe le souffle et me laisse tellement consternée que je ne pleure pas.
Il n'y a pas à pleurer maintenant, les larmes ce sera pour plus tard quand mes
barrières de dignité auront cédé, quand je me laisserai aller à la mesure de
mon désespoir,
de ma tristesse et surtout de ma solitude : plus tard il y aura beaucoup de temps
pour tout cela. Pour le moment l'important c'est l'urgence de nos derniers instants |
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