L'accident...                                                                                                        précédent - suite
Ce fut le black-out total, les vers de Federico García Lorca se mirent à battre dans ma tête, lancinants, obsessionnels...

A las cinco de la tarde
Eran las cinco en punto de la tarde
Un niño trajo la blanca sábana
a las cinco de la tarde
Una espuerta de cal ya prevenida
A las cinco de la tarde
Lo demás era muerte y sólo muerte
a las cinco de la tarde
A las cinco de la tarde
¡Ay, qué terribles cinco de la tarde!
¡Eran las cinco en todos los relojes!
¡Eran las cinco en sombra de la tarde!

A cinq heures du soir
Il était juste cinq heures du soir
Un enfant apporta le blanc linceul
à cinq heures du soir
Le panier de chaux déjà prêt
à cinq heures du soir
Et le reste n'était que mort,rien que mort
à cinq heures du soir.
Aïe, quelles terribles cinq heures du soir!
Il était cinq heures à toutes les horloges.
Il était cinq heures à l'ombre du soir!

 
Le temps a suspendu son vol et les heures propices ont suspendu leur cours.
La Meuse abondante et printanière coule doucement là-bas, encore plus bas que la route qui passe sous les rochers. Le silence de la nuit est réconfortant.
La brise tiède de ces beaux jours de fin mai est chargée d'odeurs, surtout du bon parfum de la terre réchauffée, fertile et prometteuse. Les petits bruits familiers m'entourent : le vol d'un oiseau de nuit, le bruissement des jeunes feuilles, les grignotements des petit animaux nocturnes. Ils me réconfortent, m'apaisent, me rassurent, me donnent un calme immense, m'accordent un dernier répit avant la débâcle et l'écroulement. Ces quelques heures d'intimité sont les dernières avant la cohue et le bouleversement de la catastrophe, trop grande.

Longtemps après minuit, la lune s'est levée. Elle était peut-être déjà levée mais ce n'est que maintenant que j'aperçois combien cette nuit est claire. Je n'ai plus besoin de ma lampe de poche, je l'éteins. J'entoure de mes bras le corps de Claudio et dépose ma tête sur sa poitrine, tout près du silence dans lequel la vie a cessé de battre. Je suis assise à son coté. Nous sommes ensemble, encore quelques heures, nous deux, pour la dernière fois, intensément.
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